
POP Montréal Musique
Le Ren
Sur Don’t Be Funny Without Me (DBFWM), Le Ren nous confie, avec une douce évidence : « J’aime l’homme que je voulais être. » Elle est à la fois drôle et bouleversante, lucide tout en se laissant parfois tromper par elle-même. Tout au long de l’album, elle garde ces contradictions près d’elle : sans honte et pourtant honteuse, honnête mais encore en quête d’une version de la vérité qui ferait un peu moins mal.
Au cœur de DBFWM se trouvent l’amour, la jalousie et les façons inconfortables dont ces deux sentiments s’entremêlent. À travers l’album, Le Ren revient sur les enchevêtrements émotionnels de sa vingtaine et sur le tiraillement persistant entre attachement, envie et conscience de soi. Il en résulte un disque à la fois tendre et finement observateur, qui équilibre sincérité et un humour discret, presque protecteur. Le Ren, au cas où vous ne le sauriez pas déjà, est la drôle.
Après avoir longuement tourné en première partie d’artistes comme Jeff Tweedy, Devendra Banhart et Men I Trust, Le Ren est revenue au Canada pour enregistrer l’album à Mountain Grove, en Ontario. Coproduit avec ses amis de longue date Fez Gielen et Jonas Bonetta, DBFWM porte une sensibilité résolument canadienne. Les paroles de Le Ren sont imprégnées de cette endurance nordique, comme regarder le soleil se coucher derrière l’asphalte fissuré de l’avenue du Parc ou depuis le stationnement de ton On Route préféré. Sur le plan sonore, DBFWM est plus ample que son prédécesseur : arrangements plus riches, harmonies superposées et instrumentation entraînante viennent soutenir la voix angélique de Le Ren. L’album évoque la chaleur d’influences classiques comme Emmylou Harris et l’intensité émotionnelle de Gillian Welch, tout en restant profondément ancré dans une voix qui continue d’évoluer.
Don’t Be Funny Without Me se termine là où il commence : avec le désir, chez Le Ren, d’un amour simple et pur, quelque chose qui se rapproche davantage de sa relation avec la musique elle-même. Ce faisant, elle chante son identité en devenir, aspirant à devenir celle qu’elle imagine. À la fois douloureux et envoûtant, le disque ressemble à un road trip d’après-rupture avec ta meilleure amie : aucune destination précise, un coffre rempli de bagages (au sens propre comme au figuré), et une lumière tachetée qui réchauffe ton visage à travers la vitre de la voiture.
