
POP Montréal Musique
Think About Life
Le milieu des années 2000 à Montréal fut une période d’effervescence sonore. Tandis que les projecteurs internationaux se braquaient sur le rock indépendant orchestral et grandiose du Plateau et du Mile End, une énergie punk bouillonnante s’emparait des salles alternatives de la périphérie. Think About Life était au cœur de ce mouvement, créant une atmosphère chaotique, romantique et inoubliable qui a bouleversé le paysage pop montréalais.
Mêlant l’énergie brute du punk rock à des instruments électroniques chinés, Think About Life auto-enregistrait des singles pop bruyants, extatiques et déconstruits depuis son QG de Griffintown : une ancienne laiterie reconvertie, baptisée Friendship Cove.
Leur son était un exercice de tension productive. Alors que nombre de leurs contemporains s’orientaient vers une production léchée ou un minimalisme d’inspiration folk, le trio – composé de Martin Cesar, Graham Van Pelt et Matt Shane – optait pour une approche maximaliste, fondée sur du matériel bon marché, de jolies mélodies, des rythmes dansants et une énergie à peine contenue. Leur musique puisait son inspiration chez des artistes d’avant-garde locaux, ainsi que chez des groupes en tournée issus des scènes noise et punk outsider, de passage par Friendship Cove via Providence, Brooklyn, Toronto et d’ailleurs.
Leurs arrangements étaient portés par les claviers chinés de Graham Van Pelt, des samples saccadés et des guitares oscillant entre funk et squelch, le tout soutenu par la batterie entraînante, math-rock et inspirée par la rave, de Matt Shane.
Martin Cesar avait le don d’écrire des textes qui, en théorie, ne devraient pas fonctionner – trop étranges, trop directs, trop sincères – mais qui, malgré tout, devenaient des hymnes. Son instinct mélodique et son sens du sample bien placé imprégnaient leurs morceaux de mélodies accrocheuses.
Pour comprendre l’impact du groupe, il faut se pencher sur le paysage montréalais de cette époque. C’était l’ère des fêtes dans les lofts, rendues possibles par les espaces industriels disponibles à Saint-Henri, sur le Plateau et dans le Mile End, qui pouvaient être transformés en salles de concert improvisées. Think About Life était un incontournable de ce circuit, leurs concerts dégénérant généralement en pogos géants. Dès le premier refrain, la fosse se déchaînait.
Leurs concerts étaient légendaires pour leur énergie physique brute. Un set de Think About Life avait le don de transformer une salle remplie d’inconnus en amis pour la vie. Ils ont contribué à l’émergence d’une scène musicale égalitaire où l’étiquette « expérimental » n’était pas un frein, mais une porte ouverte.
« Ils capturaient l’essence même d’un été montréalais : humide, brut, vibrant d’une sensation que tout pouvait arriver avant le lever du soleil. »
